Saïd Hajjarian PDF Print E-mail
Personne n’a revendiqué l’attentat dont il a été victime. Quelques heures après la fusillade, des dizaines de barrages ont été dressés dans Téhéran et la police contrôlait les motos et les véhicules. Le ministre des renseignements du moment, Ali Younessi, avait déclaré que les agresseurs avaient été identifiés.
Dans un discours prononcé dans la province centrale de Yazd, le président Khatami avait condamné les agresseurs comme des « terroristes » remplis de haine qui n’avaient « pas leur place au sein de la nation ».
Khamenei avait estimé que l’assassinat “faisait parti d’un dangereux complot, qui pourrait mettre en danger les intérêts du pays, celui du peuple, et du système islamique ». L’attentat perpétré contre la vie de Saïd Hajjarian indiquait le début d’une nouvelle phase dans la lutte qui faisait rage au sein des milieux du pouvoir iranien. Jusqu’à là, il s’agissait d’une guerre de mots, mais dès lors et pour la première fois, le sang d’un homme du sérail était versé. Secrétaire du plus haut organe de sécurité de l’Iran, le Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Rabi’i avait déclaré que  « Ceux qui ont pris Hajjarian pour cible savaient qu’ils créeraient une crise au sein du pays ».
Ce point de vue a été partagé par beaucoup d’observateurs. L’un d’entre eux a écrit qu’ « après 21 années d’une vie de tension sous une dictature religieuse, la plupart des Iraniens seraient heureux de mener une vie normale. Mais la semaine dernière, une balle assassine a brutalement rappelé à quel point le combat qui s’annonce peut être sombre et incertain dans son issue »
Ce crime en a aussi incité quelques-uns à déconseiller au gouvernement des Etats-Unis de se tenir trop près de Téhéran. « Les actes récents de violence politique en Iran mettent la lumière sur une incertitude fondamentale qui plane sur ce pays qui est d’une importance stratégique cruciale. La tentative d’assassinat contre Saïd Hajjarian… laisse entendre que la lutte pour le pouvoir entre les religieux ultra conservateurs et les réformateurs ne se règlera peut-être pas par des moyens pacifiques et démocratiques. Lorsque la République Islamique a été instaurée, il [Hajjarian] a occupé le poste de vice ministre des renseignements. Il  a crée un service secret qui a été accusé [par la suite] d’avoir fomenté à l’étranger des assassinats d’Iraniens perçus comme des ennemis du régime… La lutte pour le pouvoir en Iran ressemble à une guerre des gangs. Et si c’est le cas  Washington devra se tenir  à distance pour quelques temps. »
Suite à la tentative d’assassinat, le groupe partisan de Khatami a mené une attaque sans précédent contre la faction au pouvoir, l’accusant de prêcher une culture de violence qui pousse au crime. Un journal a publié les propos d’un ministre, dont le nom n’a pas été mentionné, où celui-ci disait que le Général de Brigade Mohammad-Reza Naqdi, qui dirigeait alors les Forces de Sécurité et du Contre-Renseignement de l’Etat, pouvait avoir organisé l’attentat. Un autre journal a écrit que « … La tentative d’assassinat contre Saïd Hajjarian est une tentative de créer un état de guerre dans la vie politique iranienne… Un état de guerre polarise rapidement la société… En réalité, c’est la destruction de tout le système que les organisateurs de la terreur réussiront à mettre en place… »
Pendant que les journaux pro Khamenei appelaient à l’unité et accusaient les ennemis établis à l’étranger d’être responsables de l’attentat contre M. Hajjarian, quelques revues ultra conservatrices  contre-attaquaient. L’hebdomadaire Yalesarat avertissait les commentateurs réformistes qu’ils « étaient en train d’écrire leurs testaments » et demandaient à Khatami de revoir sa politique culturelle.
Dès le départ, on soupçonnait que les assassins appartenaient aux forces de sécurité.
L’IRNA [L’agence officielle d’information iranienne] a affirmé que « celui qui a tiré sur Saïd Hajjarian est un étudiant d’une université de Téhéran dirigée par un conservateur très en vue ». Citant la personne chargée de l’enquête, il a désigné  Saïd Asgar comme étant l’auteur de l’attentat. L’implication de l’assassin a été reconnue dans des actes d’agression contre des étudiants lors de l’insurrection de Téhéran, en juillet dernier. Le quotidien Sobh-e Emrouz a aussi révélé que l’année d’avant Saïd Asgar avait, avec des complices, tué par balle une fille  connue seulement sous le nom de MM, « car ils considéraient son comportement comme indécent ».
Six arrestations avaient été officiellement annoncées, mais le 23 mars le Front de Participation de l’Iran islamique déclarait dans son propre journal, le Mocharekat, comme dans le journal Sobh-e Emrouz que le crime avait été perpétré par une « organisation militaire » non identifiée.