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jeudi, 22 décembre 2005 |
A la fin de l’année 1998, les Iraniens ont été stupéfaits et horrifiés
par les meurtres violents de quatre éminents intellectuels, que les
médias iraniens qualifieront plus tard de « meurtres à la chaîne ».
Les premières victimes étaient Dariush Forouhar, 70 ans, leader du
parti du Peuple iranien, et sa femme Parvaneh, 54 ans. En tant
qu’opposants déclarés du régime iranien mais cependant tolérés, ils ont
été tués à coups de couteau le dimanche 22 novembre 1998 dans leur
appartement à Téhéran, le jour de l’anniversaire de la mort suspecte de
Dr Kazem Sami, un autre dissident, en 1989. M. Forouhar a été décapité
et un des seins de Parvaneh a été découpé.
La mutilation sauvage des corps a rappelé le meurtre du Dr Shapour
Bakhtiar, le dernier Premier ministre du Shah, dont la tête et les
mains ont été amputées par les meurtriers (des agents du ministère
iranien des Renseignements et de la Sécurité) qui l’ont tué à son
domicile à Paris en août 1991.
L’appartement de Forouhar était sous surveillance et le moindre
mouvement était enregistré. Comment les meurtriers ont-ils pu pénétrer
dans ce réseau d’espionnage puis s’en échapper sans avoir été remarqués
? L’explication la plus probable, à la lumière des développements qui
ont suivi, est que les meurtriers étaient connus des autorités, qui
n’ont délibérément pris aucune mesure.
Une agence de presse raconte las faits :
« Des amis qui passaient rendre visite à Dariush Forouhar et sa femme
un après-midi fin novembre se sont inquiétés lorsque personne n’est
venu ouvrir la porte après des heures. Puisque le couple avait la
grippe, il leur semblait étrange qu’ils soient sortis aussi longtemps.
Puis un ami proche a escaladé la grille en fer de la maison pour
s’assurer que tout allait bien. Il est revenu en courant, le visage
livide. Le couple, opposants de longue date du gouvernement iranien,
ont été tués. »
« Forouhar a été poignardé environ 15 fois dans le cœur. Son corps
trempé de sang gisait derrière un bureau. Sa femme, Parvaneh, tuée
aussi à coups de couteau, était habillée comme si elle était sur le
point de sortir ou venait de rentrer à la maison ».
« Il n’y avait aucun signe de cambriolage. Ces meurtres paraissaient
être faits par des professionnels. Une substance inconnue avait été
pulvérisée sur le mari comme sur la femme, les assommant pour qu’ils ne
puissent pas crier à l’aide. Les massacres faisaient froid dans le dos
de par le sentiment de déjà-vu qu’ils ont suscité : neuf activistes
politiques dont les actions irritaient les dirigeants religieux de
l’Iran ont été tués ces dix dernières années, au moins la moitié
poignardés comme les Forouhar. »
« Un professeur de l’université de Téhéran en faisait partie, le
rédacteur en chef d’un magazine, trois prêtres chrétiens et deux
pasteurs musulmans sunnites qui ne mâchaient pas leurs mots au sujet
des dirigeants musulmans chiites. »
La victime suivante était Mohammad Mokhtari, poète et un des six
écrivains interrogés dans le cadre de l’affaire de l’association des
écrivains « Kanoun ». Son corps a été retrouvé dans une morgue le 9
décembre, après avoir disparu pendant six jours. Des marques sur sa
tête et son cou ont suggéré qu’il avait peut-être été étranglé.
Mokhtaria collaborait avec plusieurs journaux libéraux et était connu
pour son opposition au régime. Il a été arrêté plusieurs fois par les
forces de sécurité. En 1994, il a été l’un des 134 intellectuels qui
ont signé un manifeste demandant la liberté de parole.
Mohammad Pouyandeh était la quatrième victime, essayiste et traducteur
de littérature française, retrouvé mort le 11 décembre 1998. Il avait
disparu après avoir quitté son bureau à environ 14 heures le 9 décembre
pour une réunion d’éditeurs dans le centre de Téhéran. Son corps a été
retrouvé sous un pont de chemin de fer dans une banlieue de Téhéran.
D’après sa famille, il aurait été étranglé bien qu’aucune autopsie
n’ait été pratiquée. Sa famille n’a pas été informée de sa mort avant
le 13 décembre. Pouyandeh était également un des six écrivains
interrogés en octobre lorsqu’ils ont formé l’association des écrivains
« Kanoun ». |